05- Taxi-boy. Scène coupée.

Publié le par El Direkktor

Juin 2003 fut le vrai premier tour de manivelle, en fait.
Tout ce qu’il en reste aujourd’hui sont ces quelques photos car même les rushs n’ont pas été conservés. La séquence cassait le rythme et on s’en apercevait dès la lecture du scénario, bien avant le montage. De plus, cette séance à été une première pour tout le monde. Pour Seb qui faisait son entrée dans ce film, pour Benjamin qui n’avait eu qu’un vague briefing une heure avant, travaillait en parallèle sur un rôle pour une pièce et ne connaissait pas son texte.
Et enfin pour moi qui venait juste d’acheter la caméra et ne connaissait pas un tiers des réglages à faire pour obtenir une image tout juste suffisante. De plus, je n’étais pas franchement convaincu de la viabilité de cette séquence et tout ceci conjugué, le résultat à été un désastre.



J’ai tourné le film (et tourne encore) avec une TRV-950 Sony. Caméra nouvelle à l’époque, et plus vendue dans le commerce aujourd’hui. Remplacée comme d’habitude par des modèles plus impressionnants, avec plus de design et de boutons partout mais sans plus de définition (nombre de lignes TV) pour autant. Enfin bref.


Cette séquence racontait les retrouvailles de Seb avec le gardien de nuit du début, interprété par Benjamin Van Megellen, encore au cours Florent à l’époque.
Ce gardien, au début de l’histoire, partage le poste de Seb. Ils sont deux gardiens de nuit dans un endroit quelconque, coincés là pour douze heures. Seul Seb reste. L’autre se fait viré, c’est sa dernière nuit. C’est lui donne le tract et le bon de commande pour le bouquin qui va changer la vie de Seb. On ne retrouve plus ce personnage par la suite mais dans la première version du scénario, Seb était invité chez lui, bien plus tard. On supposait qu’ils s’étaient contacté entre temps, ou rencontré. Le second gardien, qui n’a pas de nom, avait changé de vie. Il était devenu Taxi-boy et passait ses nuits dans les dancing à faire transpirer les femmes mûres emperlouzées qui le rémunéraient pour un tout autre genre de service de nuit.




La séquence à été tournée dans l’appartement de Benjamin. J’avais prévu pour l’occasion une garde robe très rétro puis pour des raisons financières, je me suis cantonné à un marcel blanc, une fine moustache et un filet à gomina qui n’était en fait qu’un bas nylon.




Les retrouvailles se faisaient dans une ambiance morne, avec des phrases lâchées au compte goutte comme par gène ou timidité, comme si l’ex-gardien avait honte de sa nouvelle condition. Une attitude totalement en contradiction avec son discours qui se voulait celui d’un type « sauvé » qui avait enfin trouvé sa voix.   Comme dans tout le reste du film, Seb ne lâchait pas un mot et l’écoutait sans réagir, les yeux dans son assiette de raviolis en boîte.

Le texte de Benjamin:

« Faut pas que tu restes dans ce boulot.   
C’est pas bon.
A vivre tout le temps la nuit, tu finis par ressembler à un zombie.
Et pis t’es toujours tout seul!
Ça non plus c’est pas bon.
D’un autre côté, avec ce boulot à la con…
Ya pas beaucoup de femmes qui peuvent attendre comme ça, toutes les nuits.
Manges! Ça va être froid.
J’ai appris les danses de salon. C’est comme si j’avais apprit à vivre d’un seul coup.
D’un seul coup, tu vois des gens, tu danses, tu rencontres des femmes…
Tu représentes plus un fantasme de jeune fille parce que t’es trop abîmé par les boulots de merde… à force.  Ya des femmes à qui t’as plus accès.
Moi j’essais de pas péter plus haut, tu vois… les femmes, elles sont là quand même.
Il montre « l’autel » devant lui.
Evidemment, ce que t’as connu à 20 ans, tu peux tirer un trait dessus mais les seins en gants de toilette et les fesses en goutte d’huile, tout ça c’est des conneries.
Quand tu les fait danser, quand tu les tient bien, c’est comme si d’un coup elles avaient encore 18 balais. Alors toi tu les vois plus pareil, forcément.
Et toi non plus t’es plus le même.
T’es plus un bout de viande froide dans la nuit. Toi aussi t’as 20 balais, c’est comme ça qu’elles te voient.
C’est comme une deuxième chance…. une espèce de deuxième vie. »

La séquence s’achevait sur Seb, au tout premier plan, en amorce, les yeux rivés à sa gamelles, tandis que dans le fond, Benjamin s’entamait une valse triste, seul, complètement prit par la musique.




Dans l’idée de base, j’avais pensé à faire entrer une femme en scène juste après le speech. Comme si elle venait de se réveiller, entrait dans la pièce en ignorant la présence de Seb. Benjamin devait alors là lui présenter. Dans l’idéal, il aurait fallu une bonne femme de 55 ou 60 balais, un peu ronde, totalement à poil avec des cheveux blonds secs et permanentés, habillée seulement de bijoux hors d’âge. L’idée, c’était qu’elle n’ai aucune gène, reste comme ça, à poil, se serve un café et vienne s’asseoir en silence entre Benjamin et Seb.

Ça s’est pas fait. J’avais pour ainsi dire même pas cherché à trouvé cette actrice.
Je n’avais rien vraiment préparé, en fait.



J’ai remplacé la présence de la femme par une espèce de petit « autel » posé sur la table principale sur laquelle ils étaient en train de manger. Un discman et deux enceintes merdiques, des trucs d’appoint, des piles de disques de tango, valses et fox-trot. Et partout des photos de danses de salon mélangées à des photos de bonnes femmes de 60 ans à poil ou presque que j’étais allé chercher sur des sites porno.
Quelques bougies pour renforcer le côté « autel » et voilà.

C’était l’histoire de la première scène qui fut en même temps la première scène coupée.





 






Publié dans vaincre.lefilm

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platon06 17/09/2009 07:40

super scenario presque conforme a la realite.la femme qui rentre est au contraire pudique,car en vieillissant elles deviennent pudiques,et se devoilent differemment.dommage que vous ne puissiez aller au bout de ce film,car en tant que pro de votre scenar,il correspondait vraiement a ce que l'on vie dans ce metier,qui nous fait voyager sur des bateaux de luxe,et descendre aussi dans des abimes.bonne chance.

Ramon 02/08/2005 22:14

Encore, encore, dis donc il a pas une chemise noir et blanc funky des années 80, il y a du favoritisme.... est ce que tu as encore les photos dailleurs ???