07- POLICE!!!!!

Publié le par El Direkktor

C’était encore une de ces journée marathon qui se sont succéder dans la seconde moitié du mois d’août 2003. Dix heures du matin jusqu’à minuit. Soit 14H heures de tournage qu’on terminait généralement sur les rotules. Il nous ai arrivé de faire 17H!!
Quelques plans de rues aux abords du studio, le matin, une pause bouffe vite fait et on entamait tous les plans de jours dans le studio qui servait d’endroit où le gardien était censé bosser la nuit en semaine et le jour en week-end. C’était souvent des plans pas très croustillants. Seb en train de prendre des cafés au distributeurs, Seb reçoit le livre commandé, ouvre l’enveloppe, lit le livre, assis au premier étage, debout au troisième, à la cave, etc. Le plus souvent des plans destinés à laisser de la marge pour la voix off. Ça plus les rondes filmées en temps réelles et en suivi caméra dans lesquelles Seb fermait toutes les portes, éteignait toutes les lampes, vérifiait les extincteurs et les chiottes (fuites d’eau), descendait d’un étage et recommençait. Tout ceci nous amenait très vite jusqu’à la nuit. Le temps, on ne le voyait pas passer, on le sentait avec le cumul de fatigue.
Le soir, on sortait quand même du studio pour se taper un croque-salade ou frites histoire de pas finir sur les rotules en début de soirée. On buvait du café à toute heure, en espérant que la fatigue se tasse un peu.
21H, on retournait au charbon. Ce soir-là, on était de corvée « ronde de nuit », entre autre. Seb devait recommencer toutes les rondes, vérification des portes, extinction des lampes, extincteurs, chiottes, etc. A tous les étages. On montait et descendait les escaliers sans arrêt ce qui n’était pas franchement pour nous économiser les batteries. Une prise, puis deux, puis trois, au cas où. Chaque fois, il fallait se refaire les étages et rallumer toutes les lampes, ouvrir toutes les portes, etc.
Le studio où l’on tournait se situait dans une toute petite rue médiévale du Marais, une rue en coude qu’on ne voyait pas depuis les rues principales. La rue ou plutôt le passage était large de deux mètres cinquante à peine, si bien que les fenêtres des voisins d’en face s’étalaient juste devant les nôtres, à très peu de distance.
Donc, on était là, à monter et descendre les escaliers, Seb avec une grosse lampe commando en L pour faire plus « gardien » et moi avec la caméra braquée sur lui. Deux voisines, en face, nous regardaient depuis leur fenêtre, collée aux carreaux. Seb s’en était aperçu. On les regardaient en se marrant pendant une pause clope et on remettait ça.

Les rondes terminées, on a décidé d’écluser la soirée en terminant par des plans un peu lourds dans la cave, histoire de pousser jusqu’à minuit et gagner du temps sur le lendemain.
La mission accomplie, j’ai remballé vite fait. On était littéralement claqué. On mettait au point le tournage du lendemain pendant je rangeais le matériel lorsque j’ai entendu  un bruit sourd qui venait d’en haut, du rez de chaussée. Sur le coup, je me suis pas trop inquiété car chaque soir, il y en avait toujours un pour essayer de pousser la porte en verre de l’entrée, voir si des fois ça s’ouvrait. Au bout d’une minute à peine, le bruit à recommencer, plus violemment, comme si quelqu’un essayait de carrément défoncer la porte!
Je grimpe les escalier et arrivé à l’accueil, j’aperçois une nana, un peu crado, avec un blouson en cuir tout râpé, blonde avec une queue de cheval. Elle tournait autour du bâtiment en regardant par les fenêtres (opaques!) du RDC. Lorsqu’elle m’a vu derrière la porte vitrée de l’entrée, elle s’est mise à gueuler dans ma direction un truc que j’entendais pas. J’ouvre. Elle se fige en gardant une bonne distance et me gueule: police!! On nous à signalé un cambriolage! Et moi, fatigué et mou, je lui répond du tac au tac: « ah bah ça doit être nous, alors! » Et je l’invite à rentrer d’un signe de tête en ouvrant la porte. Elle se méfie mais s’approche quand même. Au moment où elle met un pied dans l’accueil, une brigade entière de la BAC plus deux flics en civils déboulent en courant et s’invitent à l’intérieur. Je leur dit « bonsoir », j’allume une clope et ils commencent tous à se regarder les uns, les autres en chiens de faïence. Une armoire à glace de la BAC se poste devant la porte avec une pose ridicule à la John Wayne genre « personne ne sort! ». Le chef de patrouille de la BAC à une toute petite voix et un ton super gentil!! Il me pose question sur question mais comme d’habitude, pas les bonnes et jamais dans le bon ordre. Qui plus est, après 15H de tournage dans les pattes, j’ai le cerveau comme un vieux scotch brite oublié trois ans sous un évier sale et je m’embrouille totalement. J’arrive quand même à placer qu’on est pas des cambrioleurs, qu’on tourne un film et basta. Oui mais on nous à signalé des types avec des lampes de poches. Seb déboule de la cave à ce moment-là, avec la lampe de poche en mains, justement.
« Bonsoir! » Quelle décontraction pour des cambrioleurs!
Les flics en civil commence à réprimé des sourires.
Le chef de la BAC veux quand même jeter un œil, il sera pas déçu. Je les emmène à la cave. Ils me suivent, mais juste avant de prendre l’escalier, je leur demande de bien vouloir garder un mec devant l’entrée et de pas laisser la porte ouverte. Ils se regardent tous de nouveau et commencent à piger: encore un coup pour rien.
Bref, je les traîne quand même à la cave. Le BAC-man veux voir s’il y a bien une caméra. Je suis obligé de redéballer le matos. Les flics en civils sont scotchés sur le « modem » que j’ai laissé sur une table, une installation en carton censé représenter des composants électroniques primaires reliés à une carottes. Tout autour, des bougies! Ils restent scotchés à regarder le bidule sans comprendre. Je me suis demandé s’ils commençaient pas à fantasmer sur le côté messe noire du truc alors j’ai décidé d’intervenir avant qu’ils ne montent le truc en neige dans leurs têtes de flics hyper-rationnels. A défaut d’être embarqué comme cambrio, j’allais me faire traîner vers l’HP le proche. Ça sentait le roussi. Je commence à expliquer le scénario, le pourquoi de ce machin. Ils clignent des yeux et hochent la tête, le truc leur échappe totalement et ils lâchent l’affaire. On remonte. Le type de la BAC continu de me poser des questions auxquelles il est impossible de répondre, on s’embourbe, et les poulets en civils commencent à se faire chier. L’un d’eux soupire profondément et coupe court aux questions du BAC-man. « Bon! (assez perdu de temps!) vous avez les clefs d’ici? »
– Ouais.
– bah allez-y, ouvrez et fermez la porte!
– Ok.
J’ouvre et je ferme la porte à clef.
Ça marche. Le flic lâche me lâche un « bon, allez, bonne soirée! » Et ils dégagent tous en flèche, excepté la fliquette crado qui ressemble à une junkie. Elle est resté coincé dans le couloir qui mène à la grande salle du RDC. Elle est debout dans le noir, à moins d’un mètre des chiottes dont la lumière est allumée, la porte grande ouverte, et le miroir au-dessus du lavabo couvert de sang, du faux évidemment mais la vision est assez impressionnante!
Elle reste là à regarder tout autour d’elle en reniflant, comme un bon chien de la république. Puis elle fait demi-tour en me jetant un regard de travers et dégage en flèche sans un mot.

On se regarde, avec Seb. On pense visiblement à la même chose: le miroir plein de sang. Avec ça, on était quitte pour une demie heure de flicage, d’explications supplémentaires, et surtout (et ça, on pouvait pas y couper) à un bon quart d’heure de nettoyage qu’on avait complètement oublié.  

Publié dans vaincre.lefilm

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